vendredi 3 juin 2011

Cameroun : la présidence achète la presse privée à 200 millions de Fcfa (octobre 2009)

Cameroun : la présidence achète la presse privée à 200 millions de Fcfa (octobre 2009)
Le confidentiel Africa Top Secret, dans son édition n°002 du 08 octobre 2009, écrit dans sa rubrique Sous le sceau du secret ‘’Après avoir maladroitement relayé le rapport controversé du CCFD - Terre solidaire sur les biens mal acquis, pour lesquels le nom de Paul Barthélémy Biya a été abondamment cité, puis les informations alarmistes sur les récentes vacances controversées du Chef de l’Etat camerounais à La Baule, des instructions précises ont été données à un « évangéliste » du Cabinet civil pour ramener cette « presse extravertie et poreuse » à la reconversion. Il ne faut surtout pas que cela se répète, au risque de gêner la prochaine présidentielle. En clair, une bonne partie de la presse camerounaise va « naître de nouveau ». En Paul B. Biya, bien sûr ! Coup de l’opération : 200.... Stop. Sous le sceau du secret !’’
La sonnette d’alarme tirée, nous avons cherché à recouper cette information. En effet, vendredi 18 septembre 2009, après le départ du chef de l’Etat en route pour les Etats-Unis où il doit assister à la 64e assemblée générale des Nations-unies, le directeur adjoint du cabinet civil (Dcca) du président de la République, Joseph Le, convoque une vingtaine de patrons de presse au palais de l’unité. On cite à cet effet la présence de Jacques Blaise Mvié (La Nouvelle), François Bikoro (groupe l’Anecdote), Dieudonné Mveng (La Meteo), Parfait N. Siki (Repères), Roger Kiyeck (Magic Fm), Haman Mana (Le Jour), Alain Blaise Batongue (Mutations), Pierre Marie Djongo (Le Messager)… Au menu de l’échange, la communication sur les activités du président de la République. Le Dcca demande aux hommes de médias de toujours attendre la version officielle de la cellule de communication de la présidence avant de se jeter sur les informations malveillantes d’une certaine presse internationale. Il faut désormais s’abreuver à bonne source. Le cabinet civil promet à cette presse sélective de lui faire parvenir, à chaque fois dans les meilleurs délais, l’essentiel sur les activités du chef de l’Etat.
Au sortir de ce conclave, les participants se sont tous défendus d’avoir reçu le moindre copeck des mains de Joseph Le. ‘’Il n’y a pas eu de gombo’’, reprennent –ils en choeur. Il est donc de bon aloi, quand on connaît les mentalités au Cameroun, de se demander contre quoi les chefs d’entreprises de presse ont consenti à modifier leur ligne éditoriale. Car, depuis lors, plusieurs de ces journaux publient des articles en provenance de la cellule de communication de la présidence. A titre d’exemple, la récente visite du chef de l’Etat à New York a longuement été commentée dans les canards privés à partir des informations en provenance de la présidence. Et, désormais, lorsque le président de la République adressera un message de félicitation à un de ses homologues, la presse à capitaux privés va le publier.
Pourtant, dans les couloirs climatisés de la tour de marbre d’Etoudi, il n’est plus un secret, une importante somme d’argent a été débloquée pour cet accord tacite entre la presse nationale et la présidence. Le chiffre le plus avancé par ces laudateurs de la jacquerie reste celui de 200 millions de francs Cfa. Où est donc passé cet argent si les patrons de presse ne reconnaissent pas avoir pris un seul radis ? Souvenons nous que dans l’une de ses interviews, Anani Rabier Bindzi soulignait qu’il est difficile pour un journaliste de sortir d’un palais présidentiel sans une petite enveloppe.

Jean Calvin Ovono

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire